Compte-rendu écrit par Julien
C’est l’histoire d’une sortie qui n’aurait pas dû être.
Initialement nous devions partir pour deux jours dans l’Oberland bernois mais la dégradation
météorologique attendue le dimanche n’était pas compatible avec une balade à 4000
mètres sur les sommets suisses.
Malgré ce coup du sort météorologique, nos encadrants n’avaient pas prévu de pantoufler
chez eux tout le week-end. Vous les connaissez, ce n’est pas un aléa météo qui allait mettre
à mal leur motivation pour sortir en montagne et encadrer les jeunes motivés que nous
sommes. Cela tombait bien car il était annoncé grand ciel bleu pour la journée du samedi.
Il ne leur en fallait pas plus pour nous proposer une des dernières sorties de la saison de ski
en ce mois d’avril printanier jusque-là.
Après avoir passé en revue leur carnet d’adresses des multiples sommets du coin qu’ils ont
arpentés au fil des années, ils nous proposent d’aller faire un tour au col du Passon dans le
massif du Mont-Blanc. Qu’à cela ne tienne, samedi matin 7h au local du CAF nous voilà partis
à 8 en direction de Chamonix.
Arrivés au parking des Grand Montets, tout le monde s’équipe avec ce mélange d’excitation
d’aller faire un tour en montagne mais encore un peu la fatigue d’une semaine de travail
qu’il faut digérer. Sauf pour Thierry, jeune retraité frais comme un gardon qui nous nargue
avec ses « 54 sorties à ski cet hiver ».
Drôle d’endroit que ces Grands Montets où se croisent anonymes qui viennent descendre
des pistes, skieurs alpinistes qui ont depuis longtemps fuit les pistes de ski pour les hautes
cimes bien plus paisibles et moins artificialisées, mais aussi des alpinistes et des guides
connus dans le monde entier. La dernière fois c’était Sophie Lavaud, ce matin c’était Seb
Montaz Rosset avec ses clients.
Le départ en direction du col des Rachasses est frais mais nous avançons à bonne allure.
La montée est rythmée par le crissement des couteaux dans la trace encore froide et dure à
l’ombre des sommets. Ce n’est pas la cohue d’une arrivée de l’UTMB au bourg de Chamonix
fin août mais c’est saisissant de voir ces centaines d’alpinistes qui se retrouvent à la sortie
des Grands Montets pour aller explorer le massif.

L’arrivée au soleil sur le glacier des Rognons produit son plus bel effet. L’immensité du bassin
glaciaire alliée à la verticalité de ces sommets mythiques nous rappellent que nous sommes
bien peu de choses sur nos lattes en bois. Milko nous ouvre la voie pour rallier le front du
glacier d’Argentière pendant que Thierry ferme la marche pour veiller sur ses ouailles.
La neige est déjà bien transformée, c’est un régal. Le plaisir de skier ces pentes dans un tel
décor a déjà chassé la fatigue de la semaine.
Nous traversons le glacier d’Argentière pour rallier sa rive droite. Avec la fonte importante
de ce dernier, nous sommes obligés de mettre les skis sur le dos pour franchir à pied
l’imposante moraine qui le borde. Une fois sur l’ancien glacier du Passon, la montée au soleil
est efficace au rythme régulier dictée par Sarah. Cette combe à la réputation de four est tout
de même agréable à remonter car une petite brise fraiche nous enlève l’impression de cuir
au soleil. Ce rythme régulier, agrémenté de quelques pauses bien gérées nous permettra
d’arriver vers midi au pied du col du Passon.
Col qui d’ailleurs porte assez mal son nom sur ce versant car il n’est vraiment pas bien
marqué. Avec Jérôme, nous le renommons donc passage du Passon. Arrivés au pied en
compagnie d’une quinzaine de personnes, rebelotte pour une nouvelle transition. Skis sur le
dos, crampons aux pieds, nous attaquons la remontée étroite et plutôt verticale du couloir.
La neige exposée sud-est est déjà bien ramollie mais les marches sont bonnes, la progression
est donc aisée.
Au milieu du couloir, nous croisons une cordée d’italiens dont un au bout du rouleau. Il me
confie qu’il est actuellement autant en difficulté que son équipe de foot depuis 16 ans.
Visiblement la dernière déconvenue footballistique n’est toujours pas digérée de l’autre côté
des Alpes.

Lorsque nous prenons pied sur le glacier du Tour, le contraste est bluffant entre la verticalité
que nous venons d’avaler et l’immensité plate qui se profile devant nous. Il est 13h, la pause
pique-nique est bien méritée d’autant plus que la vue est splendide. Les hauts sommets au
sud commencent à se voiler et nous rappellent que le mauvais temps arrive à 17H.

Nous chaussons une dernière fois les skis et c’est parti pour presque 2 km de descente
jusqu’au village du Tour. Les mille premiers mètres se skient en neige de printemps 4 étoiles
puis progressivement la neige s’alourdit. Nous dépassons le front du glacier et saluons au
passage ses majestueux séracs. La vigilance est de mise pour ne pas nous égarer dans cette
immensité de blanc et risquer de se retrouver au-dessus des barres rocheuses à main
gauche.

Une fois le chemin trouvé, nous nous laissons glisser jusqu’au Tour via un border cross qui
achèvera nos cuisses. Il est 15 heures le timing est parfait, la navette est déjà là, prête à nous
ramener au camion.
La déception de ne pas avoir pu réaliser le week-end suisse est évaporée et les visages
bronzés de nos huit valeureux skieurs laissent paraître des sourires longs jusqu’aux oreilles.
Merci à tous pour cette bonne humeur et surtout à nos deux encadrants !



Merci à Julien pour ce bel article










